Souvenez-vous, l'été dernier au alentour du 15 août, Libération titrait : France, la jeunesse fout le camp, ce matin le quotidien remet le couvert et, surfant sur la vague de violence en banlieue du mois de novembre, cible cette fois plus particulièrement les jeunes issus de l'émigration. Le parcours de Hamid est édifiant, sûrement parce qu'il est le même que des dizaines d'autres parcours : Hamid arrive du Maroc en France à l'âge de 10 ans, un père ouvrier, une mère au foyer. Il croyait à la promotion sociale par l'école républicaine, aujourd'hui c'est surtout un leitmotiv qui, à chaque fois qu'on le répète, sonne de plus en plus creux. Pendant sa scolarité il semble avoir tout enduré : discrimination, propos racistes et pourtant il passe un DESS de sciences éco et part pour Göteborg en Suède passer un MBA.
Après son service militaire, il envoie en France des centaines de CV... sans réponse. En Suède il trouve immédiatement du travail chez Ericsson. Puis en 2001 il quitte l'entreprise de télécom, en France son CV n'a toujours pas la côte alors c'est vers Londres qu'il s'oriente. Là-bas la lutte contre la discrimination n'est pas un vain mot, Hamid suit même un stage pour apprendre à manier la différence culturelle. En tout cas Hamid est catégorique, revenir en France : c'est comme si on me promettait le pénitencier
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Et la même histoire se répète pour Yasmina, Ayo ou Hacène[1]. Eux aussi ont décidé de traverser la Manche. En France ils ne trouvaient pas de travail parce qu'ils avaient le mauvais nom, la mauvaise couleur de peau, la mauvaise adresse...
Pour ces jeunes, un peu désabusés et franchement je les comprends, si l'égalité républicaine est bien dans tous les grands discours, dans les faits il lui reste tout à prouver. Je ne pense pas que le communautarisme anglais ou américain soit une bonne solution ; cependant si le modèle français a fonctionné il est aujourd'hui en panne. Et moi, quand je lis ce genre de témoignage, mon pays me fait un peu honte.